Quel bor***....
Mesaventure d'un Auvergnat en Bulgarie
José Julliard, avec ses deux filles
Le 28 octobre dernier, de retour de Syrie où il a emmené sa fille, José Julliard, un Auvergnat de 60 ans, circule sur une route de Bulgarie à bord de son camping-car. Il se dirige alors vers la Serbie, prochaine étape de son retour vers la France. Selon le récit qu'il a fait à sa famille, à quelques kilomètres de la frontière, il découvre un adolescent planté au milieu de la route, lui demandant par signes de s'arrêter. A peine le véhicule stoppé, le Rom monte à l'intérieur, s'installe sur le siège du passager et lui fait signe d'aller tout droit. Aucune autre communication possible puisque les deux protagonistes ne parlent pas la même langue.
José Julliard décide finalement de laisser le jeune Roumain dans son camping-car. Arrivé au poste douanier de Slivnista, ses ennuis commencent. Un couple affirmant être les parents de l'"auto-stoppeur" crie en effet au kidnapping. José Julliard est alors arrêté sur le chemin et transféré au commissariat.
Témoignage peu fiable, mais incarcération
Commence alors un imbroglio juridique. Selon le procès verbal, le voyageur est inculpé d'avoir tenté de faire passer la frontière illégalement à un enfant mineur de moins de seize ans, un délit réprimé par l'article 280-1 du code pénal local. Le soir même, il passe devant le tribunal local, défendu par un avocat commis d'office visiblement peu enclin à se battre pour son nouveau client et avec qui il communique via une interprète.
Même si la déposition du mineur est considérée peu fiable par le psychologue du tribunal, le procureur refuse de le libérer, sous prétexte que l'accusé n'a pas d'adresse en Bulgarie et peut donc s'échapper avant la fin de l'enquête. José Julliard est donc incarcéré au commissariat, qui fait office de lieu de détention provisoire. Il partage sa cellule avec trois autres détenus dans des conditions précaires. Le lendemain, bis-repetita : même procès verbal, même argument du représentant du ministère public, même décision du tribunal.
De 1 500 à 2 200 euros de "caution"
Le 5 novembre, l'interprète contacte officieusement l'ambassade de France. Le lendemain, celle-ci prévient la famille de José Julliard et envoie trois représentants, dont le consul de France, au tribunal, situé à 20 kilomètres de Sofia, pour l'appel de détention provisoire. Le tribunal maintient sa décision, mais l'assortit d'une libération sous caution fixée à 1 500 euros et d'une assignation à résidence. "Mais comme mon père n'a pas d'adresse en Bulgarie, cette condition était donc impossible à remplir", explique Jérôme, l'un des fils de José Julliard. Deux jours plus tard, une nouvelle avocate, qui se dit mandatée par José Julliard, contacte la famille. "Elle nous conseille alors de ne pas verser la caution et nous indique en revanche, que si on lui verse 2 200 euros directement, alors mon père sera libre sur le champ, et qu'il pourra rentrer en France sans jugement", affirme Jérôme.
Pour tirer l'affaire au clair, trois proches du détenu partent en camping-car pour la Bulgarie. Ils y arrivent le vendredi 16 novembre. Juste après la frontière, ils rencontrent l'avocate. "Par le biais de son interprète, elle nous affirme une nouvelle fois que mon père sera libéré immédiatement et que nous pourrons repartir avec lui s'il plaide coupable et si nous lui remettons 2 200 euros, soit en liquide, soit par un virement à la Western Union, ce qui ne laisse pas de trace", relate Damien, un autre fils de José Julliard.
"Il a perdu 20 kilos"
Après avoir signé quelques papiers, les "envoyés" sont autorisés à rencontrer, pour la première fois José Julliard, pendant à peine vingt minutes. "Il avait perdu au moins vingt kilos. On a pu lui donner quelques vêtements pour qu'il se change enfin et un peu de nourriture. Son chien était aussi dans un état pitoyable", note Damien. "En revanche, mon père, par principe, refuse à la fois de payer les 2 200 euros et de plaider coupable, sans savoir ce qu'il encourt si cela se passe mal. Il préfère être transféré à Sofia pour y être jugé", ajoute-t-il. Dans la foulée, les trois membres de la famille se rendent à l'ambassade de France pour rencontrer le consul. "On nous a dit simplement qu'il n'y avait pas grand-chose à faire. En fait, pour nous, l'ambassade n'a rien fait du tout", s'emporte Damien.
Après un aller-retour en France pour ramener sa mère, Damien revient en Bulgarie, toujours en camping-car, avec sa compagne le jeudi 22 novembre. Depuis, rien de bien neuf. "La situation est toujours bloquée. Avec toujours la même rengaine de l'avocate : vous payez, et il sort. En fait, il semble que cela soit le commerce local. L'interprète m'a dit que mon père était tombé dans une embuscade de gitans, bien réglée avec la police locale. Généralement, les gens payent. J'ai pu le constater de visu au commissariat pendant une visite. Et l'ambassade reste toujours aussi peu active. Le consul est simplement allé voir mon père et on nous a présenté deux autres avocats, qui nous réclament 3 300 euros", dénonce le fils.
"La discrétion plutôt que la pression"
A Sofia, l'ambassade et le consulat renvoient la presse vers le ministère des Affaires étrangères. A Paris, le service de presse du Quai d'Orsay, interrogé par LCI.fr, souligne "comprendre la détresse et même la colère de la famille". Mais, explique-t-il, "la discrétion est parfois beaucoup plus utile dans ce genre d'affaires que la pression ou l'intervention auprès des autorités locales, avec qui nous entretenons dans ce cas précis de bonnes relations. Le consul s'est même déplacé lors de l'audience du 6 novembre, alors que nous n'étions pas au courant officiellement. C'est très peu courant". "Depuis, les services consulaires font leur maximum, même si ce n'est pas forcément visible pour les proches. La France n'est pas chez elle partout, elle ne peut pas faire ce qu'elle veut", note Nicolas de Lacoste, l'adjoint au porte-parole chargé des Français de l'étranger.